« Le Château-Seigneurie et biens de La Serre qui sont situés dans le diocèse de Lavaur, Sénéchaussée de Toulouse, Juridiction Royale de Villelongue consistait au dit château bien bâti de pierres de taille avec 5 tours basse-cour productrice, pigeonnier-pâturage… etc. »

…Telle est l’introduction d’un mémoire établi en 1675 par Jean d’Albie de La Serre pour dénombrement.

Situé géographiquement au centre d’un triangle Toulouse-Albi-Cacassonne, le Château et le domaine qui l’entoure d’une superficie de 120 ha, occupent en majorité le dôme d’une de ces nombreuses collines mollement arrondies caractéristique de la plaine du Lauragais, dans sa limite est entre Castres et Toulouse.

La position stratégique à l’origine permettait de contrôler sur une centaine de kilomètres depuis le pic de Nore jusqu’au seuil de Naurouze les versants Ouest et Nord de la Montagne Noire et la vallée de l’Agoût, voie de pénétration des « envahisseurs ».

Actuellement, les occupants plus pacifiques apprécient la qualité de ce choix et sont heureux de reconnaître, à plus faible distance les voitures des amis de passage.

Dans ce même mémoire de 1675 nous relevons une précision historique, expliquant peut-être l’absence dans les archives du château de documents antérieurs à 1569.

A cette époque alors que la guerre de religion ensanglantait le pays : «l’armée Gontaud de Biron, fit le siège de Brassac, et l’ayant pris d’assaut, la plupart des habitants furent tués, dont Catherine de Narbonne, et …quasi tous les meubles, effets et documents du château furent pillés, brûlés et jetés à la rivière Agoût… »

La dite Catherine de Narbonne habitant la Seigneurie de La Serre était l’épouse veuve du noble Jean de La Palu, seigneur de Brassac et de La Serre qui avait acheté cette Seigneurerie en 1494 à Michel Bonhomme, de la Maison Bonhomme, le plus ancien propriétaire que les documents d’archives nous permettaient de situer, bien qu’à une époque antérieure (1436) on retrouve une reconnaissance à Dame Delphine d’Arpajon, veuve du Noble Raymond de Bonne.

Après la disparition de Catherine de Narbonne, son époux en deuxième noce (1556), Saint Lavy de Fiteria devient le nouveaux propriétaire (1594) après un procès gagné contre Jean-Sébastien Roquefort de Salles, époux de la demoiselle de la Palu, seule du nom, qui revendiquait la Seigneurie.

Le nouveau propriétaire, Saint-Lavy de Fiteria fit aménager, dans l’aile sud du château, la chapelle de Saint-Antoine de La Serre.

Au moment de la transformation de cette chapelle en appartement (XIX siècle) le bénitier de granit, fut déplacé quelques mètres au Sud à l’extérieur, pour la commémorer.

En 1621, Gillo de Juillard , héritier testamentaire de Saint-Lavy de Fiteria devint le propriétaire et le vendit à son tour en 1664 au noble Gorge de Villeneuve (40 000 livres), ce dernier ne pouvant faire face, vendit en 1658 à jean d’Alibie.

De 1658 à 1804, cette Seigneurie resta de père en fils, Jean 1674, Jaques 1709, la propriété de la famille d’Alibie pour passer dans la famille de Lamouzie (1804) et par alliance, de Limairac (1867).

Jacqueline de Limairac et ses neveux Chantal et Guy Berthoumieux l’occupent actuellement et poursuivent la restauration.

La famille de Limairac, originaire du Languedoc, connue depuis 1651 par Jean Consul de la Bourse à Toulouse (1651-1714) fut anoblie par le Capitoulat (2 décembre 1702).

Noble Gabriel de Limairac fut Capitoul de Toulouse (1724-1751) ; un de ses fils Bernard, Ecuyer, conseiller secrétaire du Roi près de la chancellerie de Montauban était le père de Charles Antoine Gabriel , Marquis de Limairac (1770-1847) qui fut successivement Préfet du Tarn, de la Haute Garonne ; il était mainteneur des jeux floreaux, c’est son petit fils Charles (1840-1899) qui épousa en 1867 Mathilde de Lamousie, fille de Jean-Jacques de Lamouzie, propriétaire du domaine pour l’avoir acquit aux enchères sur la place publique de Castres, « l’an 13 de la République le 15 floréal, à 2 heures de la relevée au 7ème feu pour la somme de 119.500 F.

Le style Château de la Loire que La Serre présente actuellement, avec ses 4 tours rehaussées en briques du pays, coiffées de toitures coniques en chapeau de fée, les pentes très accusées des toitures du corps principal est très éloigné du style d’origine : bastide typique du Languedoc, trapue, écrasée par la masse de ses pierres, aux toits de tuiles à pente douce, telle qu’en témoigne un document photographique de 1865.

La restauration, faite au début du XXème siècle (1895-1910) par un architecte de Bordeaux dans des conditions particulièrement moderne pour l’époque avec armature métallique par endroits s’est peut-être inspiré du grand Viollet Leduc à la cité de Carcassonne.

Vieux guerrier du moyen âge ? ayant joué les Seigneurs de la Renaissance pour devenir après une cure de rajeunissement architectural ce qu’il est, une demeure historique, confortable où il fait bon vivre en écoutant le passé et celui de nos ancêtres depuis plus de 100 ans.

Voilà en résumé la vie du château de La Serre telle que nous la connaissons.

 

 
 
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